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Magazine • Loisirs Bahamas
Octobre 2003Bahamas Le
paradis réinventé
Par Gilles Denis. Photos Jean-Claude Marouzé
Un grain de folie se serait-il glissé dans le sable des plus
belles plages des Caraïbes ? Sur Paradise Island, une nouvelle Atlantide côtoie
une résidence à la Gatsby et de véritables Cubains roulent des cigares dans le
jardin d'une maison ayant accueilli les Windsor, le shah d'Iran et Sean
Connery... On en oublierait presque la mer et le soleil.
Chaque jour je déteste un peu plus cet endroit *. Visiblement la
duchesse de Windsor n'appréciait guère le gouvernorat des Bahamas que Churchill
et la famille royale avait confié - il est vrai, un peu comme on lâche un os à
un chien - à son cher David (prénom de baptême de l'éphémère Edouard VIII).
Quelques confettis caraïbes des seules Indes occidentales ne suffisaient pas à
Wallis. Mais tout le monde n'a pas manqué être impératrice des Indes (dans leur
totalité) : plus de soixante ans après le passage des Windsor, on cède sans se
forcer à la langueur bahaméenne, à ses plages et à ses eaux bleu Tiffany. "But
too much is never enough" : à cet eden naturel, il fallait des bâtisseurs de
rêves.

Ainsi Sol Kerzner. Tycoon du tourisme aux fausses allures de
Goldfinger, c'est loin d'être un inconnu : il créa il y a quelques années, en
Afrique du Sud, une version hôtelière des mines du roi Salomon (Sun City). Même
démesure ici : il se plaît à raconter que lors d'un thé dans l'ancienne
résidence des gouverneurs, la conversation roulait sur les vestiges d'une
civilisation inconnue retrouvés sur une île voisine. Ipso facto, il décida qu'il
s'agissait de l'Atlantide et qu'il fallait donc la reconstruire sur Paradise
Island.
Démesure américaine, sens du détail européen
Certes, les Caraïbes sont très loin du Hoggar où Pierre Benoit rêvait les
aventures du capitaine Morange et du lieutenant de Saint-Avit dans la
silencieuse forteresse d'Anti-nea. Le complexe de Kerzner, Atlantis, ni tout à
fait hôtel ni vraiment parc d'attractions, puise plutôt son inspiration du côté
du rêve bleu d'une cité
engloutie. Requins, raies, murènes, poissons-clowns et autres espèces
aquatiques, indifférents aux regards des dîneurs attablés et aux enfants
dévalant les toboggans géants d'une pyramide maya incongrue, évoluent au milieu
de ruines hellènes érigées dans des aquariums aux allures de lagons.
Les références marines président également à la décoration : ici la queue d'un
hippocampe se transforme en hampe pour une lampe-méduse ; là, les fresques à la
Knossos, version Lord Evans, déploient monstres marins et aimables
delphinides... L'ironie facile consisterait à dénoncer dans le résultat une
manière de Las Vegas (850 millions de dollars investis, 2 300 chambres, 5
hectares de marina artificielle, le plus grand casino des Caraïbes). Et
pourtant, passé le coup de chapeau au gigantisme de l'entreprise, l'attention
portée au détail emporte l'adhésion : les mosaïques, le verre soufflé des
lustres, le marbre, viennent d'Italie ; les ruines, le musée de la "
redécouverte " de l'Atlantide, sont le fruit de la recréation entière d'une
civilisation - y compris son alphabet ! L'ensemble fonctionne et ne ravit pas
que les Américains débarqués des paquebots : ici, la croisière s'amuse sans
arrière-pensée.
Autre vision du paradis à quelques centaines de mètres, avec l'Océan Club,
encore un rêve de Kerzner, version Gatsby le Magnifique. Le lieu s'y prête : une
propriété coloniale immaculée posée sur des gazons aussi verts que le sable de
la plage est blanc et l'eau turquoise. Avec, en prime, un zeste de la folie des
milliardaires américains Belle Epoque transportant l'Europe outre-Atlantique. Un
authentique cloître augustinien du XIIe siècle - acheté en France par William
Randolph Hearst, le légendaire magnat modèle du Citizen Kane d'Orson Welles -
couronne ainsi les jardins italiens. Leurs terrasses mènent à la piscine, digne
d'une résidence d'ambassadeur et qui - comble du chic ou erreur de conception,
au chois - tourne le dos à la mer.
Kerzner s'est contenté de construire une nouvelle aile (où se cachent les
chambres les plus agréables), un bar et un restaurant en balcon sur la mer.
C'est à Christian Liaigre qu'il a confié la décoration de ces espaces de
convivialité. Comptoir de marbre translucide, sombres bois précieux des tables
et fauteuils font irrésistiblement penser à une autre réalisation de l'ébéniste
français, l'hôtel Mercer de Manhattan. Le clin d'oeil amuse sans doute les
New-Yorkais que l'on y croise. Jeunes couples en voyage de noces et groupes
d'amis, venus en voisins d'Atlantis le temps d'une soirée romantique, y goûtent
plus simplement l'illusion des temps perdus de l'élégance.
Mais
pour " the real McCoy ", comme disent les Américains, en référence au " vrai "
whisky servi uniquement dans certains bars pendant la prohibition, il faut
revenir sur Nassau, rejoindre Government House et tourner à droite. Vous êtes,
en pleine ville, à Graycliff, une demeure au charme décati. Les Windsor (encore
eux) traversaient souvent la rue pour y prendre le thé. Depuis, rien ne semble
avoir changé. Et pourtant... ce rêve date de 1973, année de l'indépendance de
l'archipel.
Face à cette inéluctable réalité, son propriétaire, Lord Dudley, troisième comte
de Staffordshire, céda Old Mansion House à un jeune géant italien de passage,
Enrico Garzaroli. Avec son épouse, Anna Maria, il crée alors un havre de 14
chambres au charme tout britannique, à coups de tableaux de bric et de broc et
de portraits de Sa Très Gracieuse Majesté Elisabeth (Wallis n'aurait pas aimé).
Et la magie opère : Sean Connery, y retrouvant une atmosphère à la Ian Fleming,
y croisa Sinatra, et le shah d'Iran, Aristote Onassis. C'est qu'ici on pro tège
le secret des affaires conclues autour des tables du restaurant le plus réputé
de l'île, entre les volutes des cigares les plus chic de la planète. Au fond du
jardin, Enrico, avec l'aide d'Avelino Lara, l'inventeur du Cohiba, a installé
une colonie cubaine qui roule des cigares " Graycliff", dont le cigare vert
oublié jusqu'à La Havane, mais fort prisé des amateurs... Si, comme on l'a
chanté, Dieu est un fumeur de havanes, le paradis n'est pas loin.
GILLES DENIS -
LeFigaro Magazine

Réussir votre séjour aux Bahamas
Avant de partir
Office du tourisme des Bahamas
(01.45.26.62.62;
www.bahamas-tourisme.fr).
Sur place, une ligne d'assistance en
français : 302.20.57.
Y aller
Plusieurs compagnies (Air
France,
Delta
Airlines, American
Airlines) desservent les Bahamas avec escale aux Etats-Unis. Le plus
simple et le plus rapide est de passer par Londres, d'où
British Airways assure cinq fois par semaine un vol direct vers Nassau
(0825.825.400;
www.britishairways.fr). Un passeport valable six mois après le retour
est nécessaire. Attention, si votre voyage nécessite une escale aux Etats-Unis,
vous devrez y accomplir les formalités de police et de douane : un passeport à
lecture optique est exigé par les autorités américaines. La Compagnie des
Etats-Unis et du Canada propose des séjours combinés sur les Bahamas
(01.55.35.33.52;
www.lescompagnies.com).
Y séjourner
A Paradise Island
Océan Club - 00.242.363.2501 -
www.oneandoniyoceanclub.com
L'adresse incontournable pour croiser milliardaires et jeunes couples
américains, entre la plage, le spa et le golf.
- Les plus: le Champagne offert chaque jour à 17 heures ; le bar et le
restaurant décorés par Christian Liaigre.
- Les moins: certaines chambres (comme la 1021 et la 1019), indignes
d'un établissement de cette classe.
- A lire: Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Fitzgerald. Chambres à
partir de 450 dollars dans l'ancienne aile (vue sur jardin) et 695 dollars dans
la nouvelle aile (vue sur mer).
Atlantis (00.242.363.3000;
www.atlantis.com).
On adore ou l'on déteste (nous, nous adorons) : pas de demi-mesure pour cet
ensemble délirant dédié au mythe de l'Atlantide, paradis d'activité pour les
familles.
- Les plus: les extraordinaires lagons-aquariums ; pour les joueurs un
somptueux casino.
- Les moins: les amateurs de calme n'y trouveront pas leur compte ; une
pyramide maya totalement déplacée.
- A lire: l'Atlantide, de Pierre Benoit, limée ou Critias, de Platon.
Packages à partir de 329 dollars par personne pour 3 nuits ; chambres à partir
de 210 dollars (Beach Tower), 255 dollars (Coral Towers) et 300 dollars (Royal
Towers).
A Nassau
Graycliff (00.242.322.2796;
www.graycliff.com).
Le rendez-vous discret de la meilleure société de l'île et des amateurs de
cigares du monde entier prisant l'accueil (francophile) des Garzaroli.
- Les plus: la meilleure table des Bahamas et une cave à vins et à
liqueurs extraordinaire (tarifs en conséquence...).
- Les moins: un hôtel sans plage ; la décoration vieillotte de
certaines chambres.
- A lire: un vieux lan Fleming ou une biographie de la duchesse de
Windsor. Chambres à partir de 150 dollars.
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Bahamas Le paradis réinventé
Par Gilles Denis. Photos Jean-Claude Marouzé
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